8/27/2005

18 rue d'Oran


Avril-Juin 2005



De l'observation des portes du monde, de leurs formes et de leurs graphismes aux portes de l'école, en passant par l'oeuvre de Paul Klee...

Fresque réalisée par les élèves de l'école élémentaire de la rue d'Oran, Paris XVIII
Dimensions : 17,30x3 m
Support : métal
Peinture : acrylique
Direction de projet : Sophie Lecomte, PVP Arts Plastiques et Mare-Anne Bataillon, peintre

Vos impressions, commentaires sont les bienvenus!

8/22/2005


Sérénade

8/20/2005

Emmanuelle Huynh - Heroes

Théâtre de la Ville - Vendredi 24 juin


Une entrée en matière. En matière, véritablement. Le rideau monte sur une brume épaisse qui va bientôt happer le public. Une ombre en fond de scène : un navire dont on ne sait s’il a sombré, une silhouette géométrique et organique par endroit. Une présence, massive, en tout cas… fantomatique, presque un bâtiment militaire.

La musique. La musique donne sa véritable épaisseur à cet univers visuels étrange. Rock. Electro. Oser le son. Basse et batterie enflamment l’air. Surprenant univers sonore dans le paysage de la danse contemporaine. Le son, jouissif, embarque.

Embarquons d’ailleurs : un navire, une brume qui se dissipe… Un à un les danseurs entrent en scène. Courses en tous sens, chutes. Courses. Se rejoindre, se poursuivre, se séparer. Tout au long du spectacle, le corps tout en force et en épuisement : de la course au texte de chaque personnage… nous sommes dans " Heroes ". Le sens sort dans l’essoufflement, le cri.
" Heroes " n’est pas une performance de danseurs virtuoses, mais une confrontation du corps à l’accélération cardiaque, à l’essoufflement. Une confrontation aux textes aussi, aux héros qui luttent et se disent. Il y a Achille et son monologue, " suspendu " par le talon, tout en tension verticale. Tête en bas : le souffle et le texte sortent de ce retournement des sens. Torsions, tensions, suspendu sans l’être.
Tordu.

Le navire bientôt se démonte et se décompose en une sorte de banquise. Plaques blanches mouvantes, glissées, déplacées, enlevées par les danseurs qui bondissent de l’une à l’autre. L’espace se libère petit à petit. Il ne reste du bateau que les structures métalliques. Echafaudages.

Les soli des " Heroes " se succèdent. On n’entre pas réellement dans la danse pourtant, malgré des personnalité brutes, entières, agressives. Peut-être qu’à force de non-danse, " Heroes " nous laisse sur le côté, quelque peu agacés.

Un seul défi peut nous tenir en haleine : celui des danseurs, fiers, ligués comme une bande de copains face à un public qui sort de la salle pour partie, en grand fracas. Un défi de présences violentes (au sens d’une violence de la tension) pour tenir tête aux claquements ostensibles de sièges. " Heroes " devient alors un duel avec le public : le jeu de la danse, de la tension des corps à la limite de l’épuisement et du supportable… finissent par emporter le spectateur comme une marée montante. Une marée pas vraiment convaincante… mais nous avons osé rester.

Wayne Traub

Wayn Traub - Jean-Baptiste Création
Théâtre de la Ville, samedi 4 juin


Une plongée dans la théâtralité des corps entre drame et fable, où l'image et la musique ont autant d'intensité théâtrale.. Un spectacle très fort, une forme nouvelle magistralement orchestrée... Et tout cela parle d'amour (une très belle bande musicale)... l'une des héroïnes dit à la fin :"Il faut oser enlacer le bonheur.Mes poisons ont dessiné mon destin.Je n'ai plus qu'à mourir de chagrin."...Voici pour la fable...Et ce visage diaphane à l'esquisse du sourire, au verdict de son accusation : Botticelli.... vraiment Botticelli.

Nous entrons dans la salle alors que sur scène, suspendues au-dessus pour être exact, deux projections vidéo nous ont précédées. Sur l’écran de gauche, un studio d’enregistrement vide : se succèdent les plans de chaises et pupitres en attente. A droite, une salle d’audience de tribunal découpée en plan et lignes de fuites. A gauche, les lieux que l’on sent mobiles, les chaises et les pupitres ne sont pas fixes, mais réajustés aux besoins de chacun, donnant un espace d’alignements déplacés. A droite, la salle d’audience, stricte, de bois et de cuir, bancs et fauteuils ne bougeront pas, solidaires. L’espace s’impose.Une scène circulaire, blanche, couvre la scène du théâtre. Entre les deux écrans, plane une silhouette humaine sculpturale dans la pénombre encore. Ses bras rassemblent, épaulent les deux écrans, en croix ? Dans l’obscurité scénique une silhouette biblique… peut-être.
Jean-Baptiste…

Les derniers spectateurs sont installés. C’est à présent aux protagonistes de chaque film de faire leur entrée, chacun dans leur écran, mais déjà en correspondance graphique : paysage de lieux, aux similitudes et différences rythmiques. Les musiciens entrent d’un coté, le public du procès et la cour de l’autre. Les mouvements des corps filmés sont déjà saisissants d’impressions chorégraphiques. Le regard passe de l’un à l’autre, entre comme chaque personnage prend possession des lieux. Le montage, l’agencement et la composition des mouvements, des plans nous basculent littéralement dans un nouveau langage scénique, d’une précision sublime. Correspondances donc, entre les entrées, théâtrales, sonores et corporelles. Le mouvement s’incarne dans le corps, les objets, l’image, le son avec pour lien la force du montage : coupes et correspondances. Il n’y a probablement pas de mots assez fort pour dire cette entrée, où à peine installé, nous plongeons. Il y a quelque chose de l’ordre de l’émotion, de celle qui saisi les entrailles. Quelque chose qui remonte du plateau et vient s’engouffrer dans votre poitrine, irradiant. Nous sommes pris, compris (physiquement) dés les premières secondes, dans un univers, un langage bien plus vaste que tout ce que nous pouvons embrasser.

La séance est ouverte : coup de marteau. Le chef d’orchestre lève sa baguette, l’ensemble monte instantanément. L’émotion est visuelle et sonore. Elle cueille littéralement. L’entrée en spectacle est stupéfiante, mise en scène précise et intensément chorégraphiée par toutes les forces dramatiques en présence : les scènes " normales " du studio d’enregistrement comme de la salle d’audience sont transcendées par les rencontres de nature hétérogènes et finement ciselées où tout se rassemble dans un regard à la fois chorégraphique, théâtrale, musical et cinématographique porté sur le monde…Le mouvement dépasse la " chorégraphie ", l’écriture des corps . Nous sommes dans un langage d’écriture du mouvement incarnée dans les corps, les sons, les lieux, les objets. La chorégraphie est écrite par les lieux (le studio d’enregistrement, le tribunal) et les histoires qui vont s’entrecroiser entre réalité et fiction.Le corps suit, respecte ou se heurte à une mise en mouvement qui le dépasse tout en lui appartenant : celle de la théâtralisation sociale, culturelle, rituelle des corps.
Revenons cependant à l’histoire… Bientôt, deux personnages de fables vont prendre la scène. Deux ? Quatre… Deux actrices, danseuses, chanteuses… tout cela à la fois, pour quatre personnages : un hibou, un taureau, un serpent, un renard… Une fable en vers qui transpose dans un conte ésotérique et animalier l’histoire biblique (1). Les récits vont se juxtaposer, entre la (les) fable(s) et la réalité-fiction : un orchestre enregistre une fable, réincarnée sur scène, lorsque Marie Lecomte, peintre, assiste au procès où elle est accusée de meurtre par… décapitation et dont la peinture (natures mortes et vanités) ramène à la scène de décapitation, en miroir dans une lame d’acier… Circulation triangulaire des lieux, des temporalités, des personnages… finalement intimement liés. Le mouvement dépasse les corps et fait espace de sens, d’émotions, d’images.Sur scène, entre jeux de masques et postures théâtralisées, les deux femmes roulent les vers dans leur corps. La bouche ne fait pas seule la parole. La gestuelle est précieuse et raffinée : les mots fluides sculptent, modèlent la posture. Attitudes, expressions précises pour un texte qui circule. Des corps pantin, comme si certaines choses, une ritualisation de la parole et de la gestuelle, étaient empruntées à la Comédia Dell’Arte. La lumière est réduite à une expression très simple de l’espace scénique : le cyclo se teinte de bleus ou de rouges selon les instants, des halos diffus ou diffractés révèlent les comédiennes en costumes teintés de Moyen-Age. Elles apparaissent et disparaissent de derrière cette immense présence sculpturale… une femme.
Je ne peux et n’en dirai davantage sur l’histoire, inattendue jusqu’au bout. Simplement ajouter que la chorégraphie de la correspondance des regards entre ces mondes, la temporalité entre l’image et le temps de la fable sur scène se vit comme une épreuve de temporalités hétéroclites et solidaires : croisement-tissage de la fable et du réel. Mise en abîme des sensibilités, des regards. Nous sommes entre le réel, l’imaginaire et l’intrusion de l’interprétation dans l’imaginaire ; des histoires qui se joignent par delà les lieux, par la fable et le réel, les protagonistes et le mythe. Nous sommes de ces croisements qui ne font plus qu’une histoire : des histoires d’amour à l’Histoire d’Amour. Jean-Baptiste est ici le nom d’un chanteur pop, androgyne, qui chante l’amour et la souffrance, la croyance et la mort.
Tout au long du spectacle, ce furent une foule d’images qui me venaient à l’esprit et qui parlaient bien mieux le langage de Wayn Traub que je n’ai pu tenter de le faire ici. De Botticelli aux vanités, en passant par la peinture moyenâgeuse, la meilleure critique serait une galerie ; un langage visuel en réponse. A commencer par les visages diaphanes des principaux personnages (Maître Moesen, Marie Lecomte, Jean-baptiste)…Botticelli. La première a la mélancolie de Vénus. Marie, plus silencieuse, un certain détachement, vit son procès en retrait, à distance : l’accusée inaccessible. Droite, elle se tient droite, impassible. Toute la charge retenue. Sensible dans son apparente insensibilité. Façade d’une certaine hauteur. Un léger voile d’arrogance, mais ce n’est pas tout à fait le mot, il est déjà trop fort. Le dernier, Jean Baptiste, dans son souffle de voix claire, auréolé de lumière (scénique…) tient de cette tendresse et fragilité de la mélancolie des traits de Botticelli :
" Mon amour, mon aimée, mon amante
J’ai quitté le passé à présent
Je t’attends
Mon amour, mon amante, mon aimée
Mon amour, mon amante, mon aimée
J’ai quitté les combats du passé
Il ne me reste plus qu’à t’aider
A savoirOù/(ou ?) j’attendrai
Mon amante… "



1-Pour ce qui est de l’histoire, il faut voir le spectacle… les références à l’histoire biblique me faisant défaut, je cite : " L’histoire de Jean Baptiste (celui qui baptise), sa figure charismatique, mais aussi sa décapitation sur fond de séduction dansée (Salomé) et de pouvoir autoritaire (le roi Hérode), sont pour Wayn Traub la matière première d’une fable contemporaine. (…) Ici, masquée, Salomé est un Renard, Hérodiade un serpent, Hérode un taureau et Jean-Baptiste un hibou ". Jean-Marc Adolphe – Texte de présentation de Jean-Baptiste pour le Théâtre de la Ville